31.3.12

Le Palais de Tokyo voit l’avenir en grand

Vue de l’exposition « Dynasty », Palais de Tokyo, © Damien Lafargue
14 000 m² de surfaces supplémentaires, une organisation plus souple et une meilleure mise en avant de la mission sociale de l’art : le Palais de Tokyo rouvre ses portes le 12 avril. Son président Jean de Loisy et le directeur des publics Tanguy Pelletier expliquent, en avant-première pour Evene, les nouvelles ambitions de leur Palais

Le Palais de Tokyo rouvre ses portes les 12 et 13 avril prochains avec une inauguration fastueuse, soit pas moins de 28 heures d'installations, de performances, de concerts et d’avant-premières. Après onze mois de travaux, le site dédié à la création contemporaine est agrandi de près de 14 000 m². Jean de Loisy, nouveau président du lieu nommé après la démission d'Olivier Kaeppelin, veut répondre avec ce nouveau Palais Tokyo à la demande de Frédéric Mitterrand. Le Ministère de la Culture souhaite en effet que le Palais se constitue "en société par actions simplifiée, afin de gagner en autonomie et en capacité d'action". Cela passe selon de Loisy par un dialogue et une accessibilité repensés entre l’art et le public. Avec Tanguy Pelletier, directeur des publics justement, il présente son projet et sa volonté de sortir le Palais de Tokyo du « simple territoire de l’exposition »
Jean de Loisy, © Bertrand Guay / AFP
 Le Palais de Tokyo est en travaux depuis onze mois, à quoi va-t-il ressembler ?
Jean de Loisy : Le Palais de Tokyo sera un lieu souple, sans finitions excessives, avec une grande précision dans les choix esthétiques, un lieu qui garde l’épaisseur de son histoire, l’aspect d’un palais abandonné, avec une lumière exceptionnelle et qui est ouvert, comme une friche, à beaucoup d’expériences. Un lieu immense, grand comme quatre plateaux du Centre Pompidou où il fera bon se perdre. Ce sera un lieu romantique, à mi-chemin entre le loft new-yorkais et le Grand Meaulnes.
Pourquoi prévoir une réouverture sur 28 heures ?
JdL : L'idée de cette réouverture (du 12 avril à 20 h au 13 avril à minuit, ndlr) était d'offrir le nouveau Palais de Tokyo d'une part aux Parisiens en avant-première, leur donner l'occasion de s'en emparer. Et d'autre part, aux artistes puisqu’ils y sont chez eux.
Pourquoi accueillir la Triennale avant une exposition propre ?
JdL : Pour accueillir une exposition de dimension internationale afin que le Palais soit l'objet des attentions des professionnels de l'art du monde entier. Par ailleurs, la notion d'altérité nous tient à cœur et le fait que le commissaire d'exposition de la Triennale, Okwui Enwezor, se soit entouré de quatre autres commissaires d'exposition plus jeunes nous plaît parce qu'il s'inscrit dans une transmission qui nous est chère.
Vous parlez aussi de mission sociale de l'art… 
Tanguy Pelletier : Nous voulons accompagner les publics éloignés de la culture, sortir du territoire de l'exposition et même du Palais de Tokyo par des actions éducatives vouées à familiariser ses publics avec l'art contemporain. Co-produire des choses avec ceux qui en ont envie qu'elle que soit le lieu géographique et le contexte d'approche. Penser un art contemporain citoyen.
Quelles sont les grandes expositions que vous prévoyez à partir de septembre ?
JdL : Nous voulons nous rapprocher de la façon dont l'artiste invente. Comprendre comment celui-ci passe de l'idée à l'œuvre m'a semblé capital en ces temps de crise, c'est pour cela que nous proposerons à la rentrée une exposition sur les détours de l’imaginaire. Fabrice Hyber, Lion d'or à la Biennale d'Art contemporain de Venise en 1997, dont on n’a pas vu le travail depuis longtemps, aura une grande exposition monographique… 
Depuis 2009, le Palais de Tokyo a vu sa mission s'élargir : outre la scène artistique émergente, pourquoi  soutenir les artistes confirmés ?
JdL : Le ciel de la création n'est pas qu'une affaire de génération. En 1915, on observait une simultanéité entre Malevitch, Monet, Degas, Picasso et Duchamp. Cette simultanéité nous semble capitale, cela relève de notre responsabilité de l'observer pour notre présent. Promouvoir la création contemporaine, émergente et expérimentale, concourir à la mise en valeur des créateurs confirmés, spécialement de la scène française, autour de toutes les formes de la création contemporaine dans un contexte international, c’est notre mission.
Comment avez-vous pensé la relation entre l'architecture du lieu et la programmation artistique ?
JdL : La dramaturgie du lieu telle qu'elle a été pensée par les architectes Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal m'a influencée. J'ai voulu que les artistes interviennent sur le bâtiment, que le bruit soit perceptible de la rue, que la force mystérieuse de l'art se ressente aussi de l’extérieur. J'ai demandé à Christian Marclay d'intervenir sur les fenêtres du Palais. Peter Buggenhout a imaginé une sculpture qui souligne une forme de fatalité de notre monde contemporain. Ulla von Brandenburg scénographie l'espace central du Palais en s'inspirant du motif de l'Arlequin. Ces œuvres (mais aussi celles de Jean-Michel Alberola, Laurent Derobert, Vincent Ganivet ou Julien Salaud) qui vont être en place plus d'un an amènent une lecture supplémentaire du lieu.
Quelles sont les vertus de la nouvelle organisation et notamment, quelle est votre nouvelle politique des publics ?
JdL : Notre nouvelle organisation permet de faire du Palais de Tokyo une destination aventureuse, poétique et transgressive, où l’on ne réfléchit pas sur l’art, mais avec l’art et où celui-ci nous transforme.
TP : Toute la relation au public mise en place dans le grand Palais de Tokyo reposera sur le principe de mosaïque d’expérience. Expérience du visiteur confronté à un lieu, à une exposition, à une œuvre… Précurseur il y a dix ans sur l'accompagnement des publics, le Palais de Tokyo se réinterroge aujourd'hui pour affiner sa médiation culturelle et offrir au visiteur un espace unique de dialogues et d'expériences.  Beaucoup de systèmes ont été mis en place pour que l'on puisse expérimenter seul le lieu, les outils de médiation directe ont été repensés. Au Palais de Tokyo, la médiation individuelle place le dialogue et l’expérience de l’œuvre au centre des différents formats d’accompagnement. Parmi ceux-ci, le Focus décrypte les enjeux esthétiques d’une œuvre, le Tokyorama place l’acte artistique en première ligne en invitant les participants à élaborer un projet au cœur de la cité avec un artiste, ou encore le Tokyofeel invite le visiteur à appréhender les œuvres
contemporaines par l’art du langage, de l’interprétation et l’exploration des sens autres que la vue.

Propos recueillis par Violaine Belle-Croix - Le 30/03/2012

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