8.4.12

Art contemporain : l’explosion de la nouvelle vague

Kader Attia, un artiste français qui a le vent en poupe, qui pose ici devant son installation Infinities à Bâle, en 2006. (Reuters)
Alors que l’année 2011 s’est achevée par des ventes record, confirmant la primauté des Chinois et des Américains, la France se révèle un étourdissant vivier de la création. Surveillée désormais de très près.


Qui a dit que la France n’avait pas d’artistes? Ils foisonnent de toutes parts, font preuve d’une créativité fulgurante, font enfin bouger les lignes. Certes, la plupart restent peu reconnus à l’international, selon le dernier rapport Artprice-Fiac, qui annonçait en janvier que seuls sept Français figurent au Top 500 des artistes contemporains. Pour autant, les plus jeunes incarnent la relève. Et c’est, entre autres, dans les galeries d’art et nos institutions –du Palais de Tokyo rénové au Centre Pompidou– qu’il faut les suivre. Bémol : pour certains, leurs cotes sont déjà inaccessibles au collectionneur lambda. État des lieux.
Qui sont les nouveaux créateurs?

Ils s’appellent Anri Sala, Kader Attia, Barthélemy Toguo, Damien Deroubaix, Tatiana Trouvé, Adel Abdessemed, Katinka Bock… Vous ne les connaissez sans doute pas. Ils travaillent en partie à Paris et sont assurément les jeunes stars de l’art contemporain, qu’ils redynamisent.
Quelle place la France occupe-t-elle?

Loin derrière l’élite mondiale, avec une part de marché de 4%, la France, talonnée par Shanghai, n’est qu’en quatrième position. En 2007, elle était en troisième. Néanmoins, après un long tunnel au profit des États-Unis, du Royaume-Uni et récemment de la Chine, la lumière revient, liée à la crise, productrice de bulles spéculatives. Partout dans le monde, l’année 2011 a été celle de tous les records. Le produit des ventes aux enchères a dépassé 10 milliards de dollars, soit une hausse de 21 % sur l’année précédente. La Chine devance les États-Unis et le Royaume-Uni.
Création, dynamisme et politique culturelle

Les chiffres ne révèlent pas tout. Paris revient en force sur le plan de la création. La politique culturelle, menée depuis plusieurs décennies, a porté ses fruits. L’arrivée des collectionneurs du Moyen-Orient, de Russie, de Chine, les salons et les foires qui se multiplient de Dubai à Hongkong, d’Abu Dhabi à Shanghai, montrent une France plus pugnace. Jamais autant de galeries, fondations privées et centres publics n’ont connu un tel dynamisme, à l’instar du Centre contemporain MAC/VAL à Vitry-sur-Seine, de la Maison rouge Fondation Antoine de Galbert à la Bastille, du Centre du Fresnoy à Tourcoing, de la Fondation François Pinault à Venise.
Comment soutient-on un artiste?

Aujourd’hui, les têtes chercheuses sont partout. "L’artiste doit être entouré de personnes énergiques qui connaissent les rouages du métier, explique Jennifer Flay, directrice de la Foire Internationale d’Art Contemporain (Fiac). L’effervescence de la scène française est le fruit d’un travail commencé dans les années 1990/2000. Des galeries, comme celle d’Emmanuel Perrotin, ont changé le regard que le monde de l’art posait sur la France. Mais il faut savoir que rien n’est jamais acquis." Pour le galeriste Daniel Templon, "les décideurs d’outre-Atlantique nous regardent désormais non sans un vif intérêt spéculatif". Du coup, l’activité des galeries françaises comme Yvon Lambert, Emmanuel Perrottin, Daniel Templon, Daniel Lelong, Chantal Crousel, Chez Valentin, Art Concept, foisonne.
La nationalité a-t-elle une incidence?

En réalité, la nationalité d’un artiste ne veut plus rien dire. Le plus en vogue des vidéo-plasticiens, Anri Sala, albanais de naissance, a fait une partie de ses études à Paris et habite aujourd’hui Berlin, où les loyers sont moins chers! La mondialisation a brassé la création, les artistes gardent les caractères culturels propres à leurs racines. "On craignait une uniformisation, c’est la diversité qui triomphe", constate Olivier Kaeppellin, ancien délégué aux arts plastiques du ministère de la Culture et directeur de la Fondation Maeght.
Nul n’est prophète en son pays

Des Français connus à l’étranger et ignorés en France, il y en a. C’est le cas du vidéaste et architecte Pierre Huyghe (50 ans), du plasticien et photographe Jean-Luc Moulène (57 ans), de Jules de Balincourt (40 ans), véritables stars… loin de chez nous.
Et le public dans tout ça?

"L’amour de l’art ne s’improvise pas. Il faut lui consacrer du temps et se former un regard", dit Guillaume Heuzé (30 ans), qui a créé depuis sept ans, aux Galeries Lafayette (dont il est un des héritiers), une galerie d’art présentant des créateurs de la scène française. Hyperactif, il veut bâtir, rue du Plâtre, dans le Marais, à Paris, une fondation qui ouvrira dans deux ans sur le mode de la villa Médicis de Rome! Sans doute le projet privé le plus ambitieux qu’ait connu Paris depuis des décennies.

Nicole Duault - Le Journal du Dimanche

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