18.4.12

La résurrection de "1980" qui, avec "Kontakthof", avait bouleversé le public du Festival d’Avignon en 1981.

1980", la pièce qui, avec "Kontakthof", bouleversa le public du Festival d’Avignon en 1981. (DR)

Un déluge de chefs d’œuvre

Bon an, mal an, depuis 1975, le Tanztheater de Wupppertal créait à chaque saison une pièce nouvelle sous la direction de Pina Bausch. Des pièces, après un déluge de chefs d’œuvre, devenues moins intéressantes au fil des années, mais immanquablement présentées à Paris l’année suivant leur création, au détriment du répertoire plus ancien sans la connaissance duquel on ne saurait mesurer le génie de la chorégraphe et metteur en scène.

La disparition brutale de Pina Bausch

Il aura fallu sa disparition brutale et douloureuse pour que s’inverse cette tendance. Faute de créations, la compagnie qui lui survit revient aux chefs d’oeuvre de naguère. Déjà, du vivant de Pina Bausch, on avait admiré à Wuppertal la prodigieuse résurrection des "Sept Péchés capitaux" et de "Fürchtet euch nicht". Aujourd’hui, à Paris, on reverra "1980", la pièce qui, avec "Kontakthof", bouleversa le public du Festival d’Avignon en 1981, et qui ne fut présentée qu’en 1989 au Théâtre de la Ville.

Craintes enfantines, terreurs irraisonnées

"1980 (neunzehnhundertachtzig), ein Stück von Pina Bausch", déroule ses méandres délétères sur une prairie où s’est figé un faon. Dans un univers où flotte une odeur mortifère d’herbes coupées en décomposition, apparaissent des hommes et des femmes qui, dans leur tenue de ville sans âge, ressemblent à s’y méprendre à ceux de "Kontakthof". Mais tout lien parait ici coupé avec la danse proprement dite. Nous sommes en plein théâtre, un théâtre gestuel et verbal, un théâtre de silence surtout, d’attitudes révélatrices. Pina Bausch y a lancé ses interprètes dans des variations sur la peur où chacun use des moyens les plus délirants pour conjurer ses terreurs irraisonnées. Elle dessine des correspondances entre les craintes enfantines et celles de l’adulte, sans épargner aucunement nos petits ridicules, l’invraisemblable immaturité de l’homme.

Silhouettes lasses de gens ne s’aimant guère

Fin de déjeuner sur l’herbe ; lumière déclinant sur des silhouettes lasses de gens ne s’aimant guère et singeant le plaisir d’être ensemble ; gestes à peine esquissés, mais d’une tristesse infinie parce que dépourvus de sincérité ; atmosphère vespérale oppressante quand le jour qui s’achève donne à penser qu’avec lui bascule l’existence. Et cette confrontation douloureuse entre une femme seule et le groupe compact qui lui fait face. Quelque chose ressemblant à un défilé de personnalités venues présenter leurs condoléances à celle qui a perdu un être cher et où l’apitoiement compassé et la vacuité des formules consacrées rendent plus cruelle encore la solitude béante qui s’ouvre devant sa figure éplorée.

La mort de Rolf Borzik

"1980" : la disparition de Rolf Borzik, le scénographe, le compagnon de Pina Bausch date de cette année là…Comment ne pas songer que la chorégraphe s’est elle-même mise en scène avec cette lucidité impitoyable et douloureuse qui était la marque de ses travaux d’alors ? Aujourd’hui qu’elle a elle-même disparu, la scène apparaîtra plus dramatique encore.
Raphaël de Gubernatis - Le Nouvel Observateur
"1980, ein Stück von Pina Bausch".
Tanztheater de Wuppertal.
Du 20 avril au 4 mai. Théâtre de la Ville ; 01 42 74 22 77

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