1.4.12

L'art aussi habitait au 21

Anne Sinclair et Pablo Picasso, en 1970. Le peintre a signé son premier contrat d'exclusivité avec le grand-père d'Anne en 1918. (Archives familiales succession Picasso)

 À travers l'histoire de son grand-père maternel, le génial marchand d'art Paul Rosenberg, Anne Sinclair livre beaucoup d'elle-même. Une enquête palpitante dominée par la douleur.

Cela aurait pu être un livre de retrouvailles entre une petite fille gâtée par la vie et son grand-père béni des dieux. Longtemps, très longtemps, Anne Sinclair, égérie des médias de la fin du XXe siècle, aura tenu à distance l'histoire de son grand-père maternel, Paul Rosenberg, génial marchand de tableaux qui « inventa » les modernes de part et d'autre de l'Atlantique.
Une adresse mythique Picasso, Braque, Matisse, Léger, Marie Laurencin… Tous signèrent leur premier contrat d'exclusivité - Picasso dès 1918 - avec cet homme au « visage nerveux d'ascète ou d'homme d'affaires passionné », tel qu'il est décrit dans une revue d'art en 1927.
Paul Rosenberg fit le lien entre la peinture française du passé et les nouveaux courants du XXe dans cette galerie située au 21, rue La Boétie, au cœur de Paris. Une galerie qu'il fonda à cette adresse en 1910, après avoir repris celle de son père en 1905.
Cette adresse mythique pour l'histoire de l'art mondial fut à jamais souillée par les nazis et le régime de Vichy. Non content de contraindre à la fuite aux États-Unis son propriétaire et sa famille, de lui dérober des trésors d'art dit « dégénéré », l'occupant installa au 21, rue La Boétie, l'Institut d'études des questions juives (IEQJ) ! Dans les mêmes bureaux qui abritèrent l'amicale complicité entre « Pic et Paul » (Picasso et Paul Rosenberg) fut conçue la pire exposition des années noires, « Le Juif et la France ».
Une histoire à la fois tragique et lumineuse qui se poursuivit outre-Atlantique après-guerre. New York, où la petite Anne Sinclair, également juive par son père, Robert Schwarz, vit le jour par la force des événements.
« L'histoire de mes grands-parents maternels n'était pas la mienne. […] Pour tout dire, elle m'ennuyait un peu. Ce que j'aimais, c'était la politique, le journalisme, le côté du père plus que celui de la mère », écrit Anne Sinclair.
La douleur La soixantaine venue et les nuages s'amoncelant sur son nouvel « exil » américain suite à l'affaire DSK, celle qui aurait pu devenir la première dame de France en 2012 s'est penchée sur les cartons et les souvenirs familiaux. Pour exhumer le parcours hors du commun de ce grand-père disparu lorsqu'elle avait 11 ans.
Le récit aurait pu être poignant, tant le « sujet » est puissant. Mais la douleur qui a visiblement présidé à ces retrouvailles était trop présente pour laisser passer un tel souffle. Anne Sinclair, à travers l'histoire stupéfiante de son grand-père, explore un continent de larmes. Celui du sort tragique réservé aux siens en ce siècle.
« 21 rue La Boétie », d'Anne Sinclair. éd. Grasset, 300 p., 20,50 €
Affaire DSK

Par dominique de laage


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