6.4.12

L'art s'installe au Palais de Tokyo

Dans ce bâtiment des années 1930, 15.000 m2 seront consacré aux expositions et aux artistes. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/JC MARMARA/LE FIGARO
Promu nouveau temple de la création contemporaine à Paris, le bâtiment ouvre le 12 avril. Visite guidée.INTERVIEW. Entre deux réunions de chantier et sa future exposition sur les chamans au Musée du quai Branly, le président du Palais de Tokyo explique sa mission impossible.

Pharaonique? À huit jours de l'ouverture du Palais de Tokyo, à Paris, près de 300 ouvriers travaillent encore jour et nuit pour boucler à temps ce gros chantier. Démarré il y a dix mois à peine, deux jours seulement après la nomination de Jean de Loisy à la tête du Palais de Tokyo nouvelle formule, le chantier démesuré tient de la prouesse technique et de la course contre la montre. La réhabilitation de ces friches immenses de 15.000 m2, espaces vierges inespérés au pied du Trocadéro avec vue sur la Seine, a été confiée à deux architectes vedettes, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. «Nous y arriverons», promet à J -8 Jean de Loisy. Capitaine de ce palais encore à naître, il garde son calme de judoka en enjambant poutres et gravats au cœur du bruit et de la fureur. Il le faut.
Annoncée une première fois par le premier ministre Dominique de Villepin en 2005, puis lancée officiellement par le président de la République en janvier 2010, la restauration de cet immense bâtiment des années 1930 est autant un acte politique qu'un événement artistique. À terme, ce projet présidentiel, car il faut bien l'appeler ainsi, deviendra une «destination incontournable sur la scène de l'art contemporain», soit un des plus grands centres en Europe pour la création actuelle.
Le 12 avril, une grande soirée marquera l'événement. Sur le carton, les invités sont prévenus: il s'agit d'une «(entre) ouverture». Pendant 28 heures, le Palais de Tokyo accueillera performances, concerts, installations. Passé la fête, organisée pour que les Parisiens s'approprient ce lieu souterrain resté à moitié fermé pendant vingt ans, les travaux d'aménagement reprendront. Le 20 avril, enfin, la Triennale d'art contemporain, confiée au Nigérian Okwul Enwezor, expert de la scène contemporaine africaine, ouvrira jusqu'au 26 août.
Ensuite débutera la vraie vie de ce Palais de Tokyo. Ce sera alors un lieu grand ouvert, dans tous les sens du terme. Il devrait être plus proche de la maison de la culture des années 1970 ou de la Biennale d'art contemporain que d'un musée classique. Il reste fort à faire. À une semaine des festivités, il faut une énergie surhumaine pour catalyser les énergies et gérer les innombrables problèmes - techniques, administratifs, financiers, artistiques - de ce projet de géant.

Débris d'astronef

Orateur convaincu, rassembleur habile, Jean de Loisy sait séduire le public. Il l'a prouvé avec des expositions comme «La Beauté en Avignon», «Traces du sacré» au Centre Pompidou ou «Anish Kapoor Monumenta» au Grand Palais. Il se donne dix-huit mois pour achever la finition des salles… avec de l'argent privé qu'il faudra bien trouver. Financer plus de la moitié de son budget de 13 millions d'euros par ses ressources propres relève de l'exploit. Qu'importe, le programme est déjà prêt jusqu'à fin 2014. Déjà quelques œuvres sont là: La Chambre des instructions, du peintre français Jean-Michel Alberola, le beau théâtre plastique d'Ulla von Brandenburg, la star de la dernière Biennale de Lyon, les fenêtres transformées en BD par Christian Marclay, lion d'or de la dernière Biennale de Venise pour The Clock, les débris d'astronef de Peter Buggenhout suspendus dans le hall…
En rythme de croisière, seuls 7000 m2 seront réservés à trois expositions annuelles où la scène française aura le beau rôle pour peu qu'elle existe à l'international. Le reste de l'édifice, avec d'immenses volumes et des petites salles encore en pointillés, sera «un territoire à envahir» en puisant dans le meilleur des Frac, des beaux-arts de France et autres biennales d'art contemporain. L'idée est de faire du Palais de Tokyo un laboratoire permanent où surgiront de nouveaux acteurs, une nouvelle génération d'artistes comme de jeunes commissaires d'exposition. Bref, du remue-méninges artistique permanent.
Palais de Tokyo (Paris XVIe). www.palaisdetokyo.com
Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/JC MARMARA/LE FIGARO
 Jean de Loisy: «C'est un territoire ouvert aux artistes»

LE FIGARO. - Votre projet est-il trop cher en ces temps de crise et de stricte économie budgétaire?

Jean DE LOISY. - Non. Les travaux représentent 20 millions d'euros pour les 15.000 m2 supplémentaires, soit trois fois moins que tous les grands chantiers du ministère de la Culture. Quant au budget de fonctionnement, il tourne autour de 13 millions d'euros par an, nettement moins que ceux de mes homologues. Pour l'heure, seul le gros œuvre a été fait, le bâtiment ayant été livré nu. Il faut désormais l'équiper. Je suis confiant. On trouvera de quoi financer, en cherchant du côté des mécènes, partenariats avec le monde du cinéma compris.
Comment votre projet est-il perçu?

L'accueil que les mécènes nous réservent est, jusque-là, très positif, voire enthousiaste. Le Palais de Tokyo permettra aux entreprises de s'inscrire dans une histoire patrimoniale. Elles auront aussi besoin de notre support pour prouver leur lien vivant avec le présent et l'innovation.

Le Palais de Tokyo n'est-il pas trop grand, alors qu'il y a déjà votre voisin, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, et le Centre Pompidou?

On est passé, certes, de 7000 m2 à 22.000 m2, mais il ne s'agit pas d'ouvrir un nouveau musée. Le lieu est extraordinaire, il le restera et gardera un côté friche industrielle new-yorkaise, un peu comme le Neues Museum de Berlin où l'architecte David Chipperfield a laissé apparaître les cimaises du XIXe siècle et les traces de la guerre, comme autant de vestiges archéologiques.

Avez-vous un modèle?

Le modèle de nos architectes, c'était le Fun Palace de Londres, modèle utopique, endroit très libre à l'interchangeabilité permanente. Seuls 7000 m2 seront consacrés aux expositions. Tout le reste est réservé aux artistes et à leurs interventions in situ, comme aux espaces publics que seront le restaurant de Gilles Malafosse, la librairie d'art. Le but n'est pas de remplir l'espace qui vient justement de recouvrer sa dimension architecturale après la démolition des cloisons et des faux plafonds. Il s'agit d'offrir un voyage. Certains endroits, lorsqu'il n'y aura pas de programmation, seront même laissés vides. Ils formeront un territoire ouvert aux artistes, libres d'y intervenir pour réagir à une actualité ou y créer un événement.

 Par Valérie Duponchelle

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