28.4.12

Le concept Carte blanche à la galerie d’art du groupe CDG Accompagner et passer le témoin ?

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Le concept «Carte blanche» poursuit sa consécration à la galerie d’art du Groupe CDG où il s’est frayé haut la main, après la 1re expérience vécue et réussie en 2010, son chemin parmi les six concepts adoptés par la Fondation CDG.
 Incarnant la relation ancestrale du maître et de l’élève, ce concept artistique offre la possibilité à l’un des maîtres de l’art, dans ses diverses formes, de parrainer un ou plusieurs artistes émergents de son choix en acceptant d’animer ensemble avec eux une exposition réunissant les œuvres de l’artiste parrain et celles de la nouvelle génération d’artistes.
Pour l’expo Carte blanche de cette année, la Fondation CDG a approché l’artiste peintre Mahi Binebine qui a d’emblée accepté de souscrire à ce projet et s’y est investi rapidement et pleinement en prenant soin de cibler des «artistes» qu’il affectionne et qu’il admire, chacune et chacun dans son art.
Carte Blanche est donc donnée à Mahi pour choisir ses co-exposants et libre cours lui est également donné pour présenter, dans les pages qui suivent, à sa manière, dans son style, avec la clairvoyance et le discernement artistique qui lui sont connus, les artistes-exposants Leila Alaoui, Florence Arnold, Youness Khourassani, Hafid Marbou, Mohamed Mourabiti, Lamia Skiredj et Monia Touiss. Tous ces artistes, qui excellent dans leur art, seront réunis dans le cadre d’une exposition collective inédite et distinctive par la richesse artistique qu’elle propose. Autre singularité, Mourabiti, artiste parrainé? Oui, c’est la nouveauté dans l’expo Carte blanche de cette année. Mourabiti est bien maître dans son art, la peinture, mais nouvelle génération dans l’art sculptural.

L’autre originalité c’est que l’artiste-parrain propose des artistes d’obédience artistique diverse : un artiste photographe, un artiste sculpteur et 5 artistes peintres de courants artistiques différents (art abstrait, expressionnisme, art rupestre et matériel…). Ceci pour dire que l’art n’a pas de frontières et que l’œuvre n’est véritablement artistique que si la question artistique a été pensée avant la question technique. Et pour parodier, le texte qui suit illustre parfaitement cette originalité : «celui qui sait poser les doigts sur un piano ne fait pas de musique s’il n’a d’abord, dans l’esprit, une mélodie». Mahi Binebine est un grand artiste dans son art, un maître dans les autres arts. Et c’est donc avec un réel plaisir que la Fondation CDG s’associe à Mahi Binebine pour organiser, du 24 avril au 1er juin 2012, dans l’Espace Expressions CDG, ce petit, néanmoins grand, concentré d’art de tout âge et de to ut horizon avec une ambition commune, celle de désenclaver l’art, de faire valoir qu’aucun art, de quelque expression artistique, courante ou d’esthétisme soit-elle, ne prévaut sur un autre. Et c’est par ce mix-parrainage artistique que Mahi nous emporte par sa touche novatrice, mais également par sa générosité artistique puisqu’il n’en est pas à sa première Carte blanche.

Les anges carnivores

De même que nous avions bousculé naguère nos aînés confortablement installés dans le paysage pictural marocain, une nouvelle génération de jeunes loups et louves est en passe de nous détrôner. Formés aux écoles des beaux-arts arabes, mais aussi d’Europe et d’Amérique, ils sont peintres, sculpteurs, graveurs, designers, photographes, vidéastes, animés par un formidable désir de liberté, détruisant sans complexe les limites matérielles de la peinture, purifiant leur langage jusqu’à l’extrême, narguant l’expression esthétique convenue et ses codes. Ils emploient tous les procédés possibles et imaginables que leur offre le progrès technique du nouveau siècle. Et ils sont nombreux dans ce Maroc en pleine mutation. Quand Dina Naciri de la Fondation CDG m’a proposé de mettre en place le concept « Carte blanche » pour l’organisation d’une exposition à l’Espace Expressions CDG, j’ai évidemment pensé à mes meilleurs ennemis dans la profession. C’est-à-dire, ceux qui tôt ou tard vont me reléguer aux oubliettes d’un musée imaginaire…
Je commencerai par les dames, par courtoisie.

Monia Touiss vit à Barcelone, sa peinture abstraite est basée sur la transparence. On est dedans et dehors à la fois. On est pris par sa libre gestuelle, embarqués par ses élans où le hasard, pourtant maîtrisé, vous désoriente. Ses couleurs, tantôt douces, pastel, tantôt vives et imposantes s’entremêlent dans un équilibre et une harmonie savamment dosés. Lamia Skiredj est l’enfant d’un mariage de raison entre pop-art et expressionnisme. J’ai visité son atelier niché au milieu de nulle part entre Bouznika et Benslimane. J’ai été séduit par sa démarche réfléchie, sa ténacité quant aux sujets qu’elle aborde : natures mortes revisitées, figures déjantées, où l’ironie est omniprésente. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin loin des feux de la rampe et de leur vacarme. Florence Arnold a un dessin quasi académique sur un fond de matière vorace. Figure et abstraction y cohabitent, mais l’une pourrait vivre sans l’autre. Corps nus vêtus d’un rien de couleur, corps mutants où le visage est à peine visible, corps fragiles, recroquevillés ou dansants, corps libres et vindicatifs, corps fous occupant l’espace, revendiquant leur existence. Corps fragmentés, englués dans la tourmente de leur propre substance, et qui continuent de rêver...
Leila Alaoui est une extraterrestre. Je l’ai connue dans mon atelier pendant qu’elle préparait son livre sur les portraits d’artistes. Un bijou. J’ai vu ensuite ses photos ici ou là, d’abord sur les candidats à l’émigration clandestine, ensuite dans les souks où elle transmuait des Bédouins anonymes en héros d’un jour dans son studio mobile... Et elle a de la suite dans les idées puisqu’elle nous revient dans un registre presque abstrait avec son «Crossing», pas si innocent : la mer, le désert, la frontière, la forêt... Passages obligés des migrants subsahariens pour atteindre l’Eldorado... En allant chiner au marché aux puces, Younes Khourassani récupère une kyrielle de violons, de luths et autres crotales déglingués, les sort de leur contexte, les dépouille de leur passé, pour les intégrer dans un autre environnement. Ces masques-instruments percés, brisés, ligotés, endoloris, me touchent profondément tant leur solitude fait écho à la mienne. Hafid Marbou a la magie de la couleur... Il a aussi la grâce et l’humilité des vrais créateurs. Son travail, où douceur et force font bon ménage, n’a nul besoin de commentaire. Au contraire, il exige ce silence dont on se pare à l’entrée d’une mosquée, d’une église ou d’une synagogue.
Quant à Mourabiti, il a encore des années d’accalmie. Entre deux âges, il vient m’épauler dans cette aventure en présentant un totem nourricier. Soyez des lions, jeunes gens... et ne m’épargnez pas !

Mahi Binebine
 par:Farida Moha

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