13.4.12

Les mégalos de l'art contemporain

ls ont fait leurs preuves dans le monde des affaires. À présent, ils sont riches, très riches. Mais une chose les distingue du club des milliardaires de la planète : une grande partie de leurs fonds et de leur énergie est consacrée à l'art contemporain.
Ils croient en la création actuelle comme dans un idéal apte à métamorphoser notre univers. C'est pour cela que ces hommes réalisent des rêves qui dépassent l'imagination, sous la forme d'immenses espaces transformés en musées accessibles au grand public.
Mon premier se nomme Soichiro Fukutake. Il a fait fortune grâce à des méthodes d'enseignement par correspondance au Japon et son empire comprend aussi le groupe Berlitz. C'est dans la mer intérieure de Seto, au milieu de nulle part, sur Naoshima, une île de 16 kilomètres carrés quasiment déserte, qu'il a réalisé ce qu'il appelle son « paradis ». Une suite de lieux d'expositions, de musées-hôtels en communion avec la nature. Les bâtiments, conçus pour admirer le coucher du soleil sur la mer, ont été dessinés par le plus célèbre des architectes japonais, Tadao And-o, et quelques-unes des maisons anciennes du village ont été transformées en installations géantes d'art contemporain signées de l'Américain James Turrell et de Hiroshi Sugimoto. Le plus impressionnant est le Chichu Art Museum qui expose, sous terre, une version géante des Nymphéas de Monet dans une ambiance mystique. Soichiro Fukutake étend sans cesse son « paradis » avec de nouvelles installations contemporaines sur des îles avoisinantes, comme celle de Christian Boltanski, composée d'une infinité d'enregistrements de coeurs humains. Fukutake parle de Naoshima comme d'un « lieu de résistance à la société moderne ». Les amateurs viennent du monde entier pour vivre l'expérience de cet endroit magique.

Mon second est aussi un grand amateur de l'oeuvre de l'artiste français Christian Boltanski. David Walsh est australien et a fait fortune en appliquant des formules mathématiques aux paris sur les courses de chevaux. En janvier 2011, dans un quartier populaire de sa ville de naissance, Hobart, en Tasmanie, il a ouvert le Museum of Old and New Art (Mona), un établissement essentiellement en sous-sol qui montre les obsessions de l'homme d'affaires au look de rockeur : le sexe, la mort, la vie humaine... Cela va d'une momie égyptienne à une oeuvre monumentale d'Anselm Kiefer jadis créée pour le Grand Palais, à Paris. Le Mona vient aussi de montrer Cloaca, une installation de l'artiste belge Wim Delvoye qui représente un tube digestif humain géant et fonctionnel. Pourquoi tout cela ? « Par culpabilité d'un argent gagné facilement », confesse l'homme d'affaires, et aussi « pour communiquer avec les humains par les émotions ». Son initiative la plus osée consiste à avoir noué un contrat avec Christian Boltanski, qui a vendu sa vie en viager à l'Australien. En échange d'une confortable somme, le Mona a l'autorisation de filmer l'atelier de l'artiste en continu et de diffuser ces images dans une salle spéciale du musée prévue à cet effet. Un pacte avec le diable... de l'art contemporain.

Mon troisième se rencontre exclusivement dans un Etat du sud-ouest du Brésil, le Minas Gerais. Ancien propriétaire de mines de fer situées non loin d'Ouro Preto, une ville baroque du xviiie siècle, en 2002 Bernardo Paz a ouvert l'Instituto Inhotim, dans un parc de 1 200 hectares d'une nature luxuriante avec, entre autres, quelque 1 500 espèces de palmiers et, surtout, plus de 1 200 oeuvres monumentales réparties dans tout le domaine. La plupart sont contenues dans des pavillons surdimensionnés, comme celle de l'Américain Matthew Barney qui, avec la réplique d'un arbre géant déraciné et d'un bulldozer, dénonce la déforestation, ou celle d'un autre Américain, Doug Aitken, qui a creusé un trou au plus profond des entrailles de la terre afin de mieux faire entendre les plaintes de la planète. Bernardo Paz croit en l'éducation par l'art. Il pense que les artistes métamorphosent le regard que les hommes portent sur le monde et continue, lui aussi, à multiplier les projets dans son parc du bout du monde.

Ces trois collectionneurs, aventuriers de l'art du xxie siècle, voient loin et grand pour changer le monde depuis leurs territoires perdus. Et, attention, ces utopistes superbranchés ont déjà montré qu'ils étaient capables de réussir !

LEIGH CARMICHAEL/COURTESY MONA MUSEUM OF OLD AND NEW ART, HOBART, TASMANIA, AUSTRALIA ; COURTESY BENESSE ART SITE NAOSHIMA ; MITSUO MATSUOKA ; PEDRO MOTTA ; CAROL REIS.

JUDITH BENHAMOU-HUET

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