27.4.12

Les monuments nationaux en quête d'art contemporain

L'installation contemporaine «Great Stuffed Rabbit», de Christian Gozenback, dans le Palais Jacques-Cœur à Bourges l'été dernier. Crédits photo : Didier Plowy

Les conservateurs sont de plus en plus favorables à l'accueil d'installations et d'œuvres contemporaines pour élargir le potentiel des sites et stimuler la fréquentation.

Depuis plus de quinze ans, les monuments d'État ont ouvert leurs portes à des installations ou des expositions d'art contemporain. Même le Panthéon, lieu propice au recueillement et à la permanence du temps, a cédé à la confrontation de l'ancien et du nouveau. Lors du Festival d'automne 2006 à Paris, l'artiste brésilien Ernesto Neto avait déployé une installation monumentale, Léviathan Thot, sous la coupole.Depuis trois ans, le Centre des monuments nationaux (CMN) a mis sur pied des saisons d'art contemporain allant de mai à octobre. Cet été, une trentaine de sites, dont Le Mont-Saint-Michel, le château de Rambouillet ou l'abbaye de Montmajour, vont donner carte blanche à un artiste, sur le thème alléchant et flou de l'imaginaire.
Casser l'impression de déjà-vu
«La thématique est large, on pourrait y mettre tout, mais on ne laissera pas faire n'importe quoi », explique Christian Caujolle, le commissaire de la saison. Homme d'images, cofondateur de l'agence VU, il a tenté de mettre en relation des œuvres et des monuments qui aient un lien, a mélangé des valeurs sûres, comme la photographe Sarah Moon (à la Cité de Carcassonne) ou l'artiste catalan Antoni Tapies (à l'abbaye de Beaulieu-en-Rouergue), et des plus jeunes, comme le vidéaste anglais Mat Collishaw (Palais Jacques-Cœur à Bourges).
Christian Caujolle s'est par ailleurs attaché à ce que l'on ne «montre pas l'immontrable », notamment dans les lieux spirituels ou de mémoire, comme l'Arc de triomphe. «La saison n'est pas là pour choquer, mais pour interroger », poursuit-il. Plus de 9 millions de visiteurs (dont 3 pendant l'été) se sont rendus, l'an dernier, dans un des sites gérés par le CMN. Et tous, c'est une litote, n'aiment pas être confrontés à des vidéos ou à des sculptures décalées dans des lieux séculaires. «L'art contemporain divise nos visiteurs, notamment les Français qui ont un rapport fort avec leur patrimoine », admet Nadia Croquet, responsable des manifestations culturelles au CMN.
Mais le mouvement, qui attire un autre public que les habitués, n'est pas près de s'arrêter. Il permet notamment d'aiguiser le désir de visite, de casser l'impression de déjà-vu et de montrer qu'un monument n'est pas figé pour l'éternité.
«Si les propriétaires de châteaux anciens vivaient encore, ils meubleraient leur demeure grâce à de grands designers ou à de grands artistes, ils seraient de leur temps », estime Nadia Croquet. 
par: Claire Bommelaer

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