10.4.12

Les peintres du charbon: art mineur

Les comédiens Normand d'Amour et Emmanuel Bilodeau et le metteur en scène Claude Maher.
Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse
Du théâtre d'Arthur Miller au plus grand succès de la compagnie, Charbonneau et le Chef, le répertoire de Duceppe propose souvent des pièces populaires qui abordent des questions sociales ou politiques. Pas étonnant que Duceppe programme en fin de saison Les peintres du charbon de Lee Hall, texte qui s'inspire d'un fait réel: un groupe de mineurs anglais s'initie à la peinture en suivant des cours du soir dans les bureaux de son employeur. Une histoire qui expose de belles et profondes réflexions sur le pouvoir de l'art à travers les classes sociales.

L'action débute en 1934, avec les premiers cours de peinture dans le local du syndicat, et se termine en 1947, avec la nationalisation des mines en Angleterre. On assiste à la fois à l'évolution esthétique et sociale des protagonistes et aux événements historiques qui secouent le pays.
Au début, les membres du groupe sont incultes et sceptiques, puis ils deviendront critiques et enthousiastes, non sans quelques dissidences et jalousies entre eux. En visite à la Tate Gallery, à la fin du premier acte, le groupe aura une révélation brechtienne à la vue des toiles de Van Gogh: «L'art est un cadeau! L'art appartient à tout le monde!»
Encore une fois, l'auteur de Billy Elliot (Lee Hall a écrit le scénario du film et le livret du musical) juxtapose création artistique et milieu ouvrier, métropole et région, connaissance et ignorance. Or, contrairement à Billy Elliot qui s'exile de son patelin pour danser à Londres, le groupe de mineurs demeurera, malgré le succès, à Ashington pour continuer à travailler à la mine. Car celle-ci représente le coeur et l'âme de leur village. On y travaille toute sa vie, de génération en génération. Avec fierté.
Créée en 2007 à Newcastle, sous le titre The Pitmen Painters, la pièce a été présentée à Londres puis à New York. Avec succès dans la première métropole; un peu moins dans la seconde. Il faut dire que le texte n'a pas la force ni la justesse de Billy Elliot. Le propos est dilué dans un gros (et long: 2h40) canevas sans nuances. Les personnages sont folkloriques, autant les mineurs que les érudits. Le professeur, interprété par Gabriel Sabourin, garde le même ton pédant (et le même veston de tweed!) durant 13 années sans créer le moindre lien avec ses élèves... La collectionneuse et mécène (Marie Michaud) est la caricature d'une caricature de riche bourgeoise. Heureusement que Normand D'Amour et Emmanuel Bilodeau sont là pour donner des accents de vérité à cette distribution bancale.
La mise en scène est honnête, mais l'immense espace scénique de Duceppe n'est pas idéal pour représenter un cours d'art ou un atelier de peinture: selon l'endroit où l'on est assis, on se tord le cou pour voir les toiles des mineurs ou les reproductions des grands maîtres qui défilent sur l'un des quatre panneaux amovibles, avec aussi des images d'archives.
«Le mystère de l'art, c'est que tout sonne juste quand tout est faux», a déjà écrit le romancier Yves Navarre. Ici, tout est vrai (le propos comme l'histoire), mais ça sonne terriblement faux.
Les peintres du charbon, jusqu'au 12 mai chez Duceppe.
par:  Luc Boulanger

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