19.4.12

L'homme qui photographiait avec son coeur

Il y a cent ans naissait Robert Doisneau. Des trésors dormaient dans ses archives. Nous vous les offrons.

Montrouge, au coeur de la banlieue parisienne, place Jules-Ferry. Une plaque posée sur un immeuble Art déco en briques rappelle que le plus grand de nos photographes y occupa un appartement, de 1937 jusqu'à sa mort en 1994. Le lieu abrite désormais l'Atelier Robert Doisneau, où ses deux filles, Annette et Francine, veillent avec passion sur les 450 000 archives photographiques laissées par leur père. Un extraordinaire patrimoine constitué après soixante années de travail par celui qui se décrivait comme un «passant patient» privilégiant les instants furtifs et les bonheurs minuscules, captant avec ironie et tendresse le peuple de Paris et une France aujourd'hui oubliée. De New York à Tokyo, galeries d'art, musées ou éditeurs s'arrachent les célèbres clichés du maître, qui jamais ne courut après la gloire. Tout le monde a en mémoire Le Baiser de l'Hôtel de Ville, La Dernière Valse, L'Ecolier rêveur de la rue Buffon, Les Enfants de la place Hébert... «Depuis plus de vingt ans, on nous demande quotidiennement les mêmes images, confie Francine. Du coup, nous n'avions jamais eu le temps de nous pencher sur l'immensité de son fonds. Il y avait des pépites qu'il fallait exhumer.» Robert Doisneau travaillait sans relâche, toujours armé de son Rolleiflex 6 x 6, prolongement naturel de sa main. Chaque soir, il rentrait chez lui, s'enfermait dans son laboratoire, numérotait ses négatifs à l'encre de Chine, les découpait, puis assemblait les plus intéressants d'entre eux sur des planches-contacts avant de les archiver en un classement thématique. Dans une chambre forte reposent des centaines de cartons soigneusement annotés par Doisneau lui-même: «Paris sentimental», «Paris les faubourgs», «Paris la Seine»... Ses deux filles ont revisité cette oeuvre et découvert des images qui n'avaient jamais été montrées ou n'avaient fait l'objet que d'une discrète parution. Ces trésors retrouvés ont la saveur du style Doisneau. «Je n'aime pas ce qui est statique. Je cherche à cristalliser un moment fugitif, fixer une joie, un geste», expliquait-il. Cela donne une photographie intuitive, empathique, légère, peuplée de petites gens, «ceux qui ne reçoivent pas habituellement la lumière».Pour les commenter, nous avons fait appel à la plume sensible et imagée de l'écrivain-voyageur Sylvain Tesson. Jean-Paul Caracalla, lui, nous raconte ce Paris d'après-guerre qu'il connaît comme sa poche et dont Doisneau a immortalisé l'essence. «Toute ma vie, je me suis amusé, je me suis fabriqué mon petit théâtre», disait-il encore. En voici parmi les plus belles scènes, totalement inédites.
Doisneau en dix dates
14 avril 1912: naissance à Gentilly, près de Paris.
1932: parution, dans l'Excelsior, de son premier reportage (sur les marchés de Paris), réalisé avec un Rolleiflex 6 x 6.
1934-1939: photographe publicitaire pour Renault.
1939: il rencontre Charles Rado, fondateur de l'agence Rapho, qu'il rejoindra en 1946.
1945: début de sa carrière de reporter-photographe ; il travaille pour la presse communiste (Regards, Action) mais aussi pour Vogue et Point de Vue Images du Monde.
1950: Le Baiser de l'Hôtel de Ville.
1950-1956: il publie six livres sur Paris, dont Gosses de Paris.
Années 1960: après une exposition au musée d'Art contemporain de Chicago (1960), il réalise deux grands reportages aux Etats-Unis (pour le magazine américainVogue) et en URSS (pour La Vie ouvrière).
1975: Doisneau entre dans le Who's Who ; cinq expositions lui sont consacrées en France.
1er avril 1994: mort à Montrouge, près de Paris.
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