20.4.12

Une place d'Armes rénovée sans hommes de l'art : « C'est presque insultant pour la ville »

Olivier Darloy: «C'est bien de faire travailler les services techniques au début, mais un concours est nécessaire.» PHOTO SAMI BELLOUMI
Le choix des services techniques de la ville de Douai comme maître d'oeuvre de la rénovation de la place d'Armes surprend et irrite les architectes et urbanistes.


Les cinq urbanistes ou architectes qui ont bien voulu nous présenter « leurs » places d'Armes (nos éditions précédentes) ont tous eu une réaction identique quand ils ont appris que c'étaient les services techniques de la ville qui allaient faire office de maître d'oeuvre. Plus précisément, c'est Benjamin Choisel, directeur du service voirie et ingénieur en bâtiments travaux publics (BTP), dans un service où on trouve d'autres ingénieurs, qui est le maître d'oeuvre, son diplôme lui permettant d'assurer cette fonction. Rappelons que sur tous les travaux d'importance, on trouve un maître d'ouvrage, celui qui commande la prestation, le chantier, etc., et qui paie et celui qui la réalise : le maître d'oeuvre.
« Je ne comprends pas la démarche suivie par la municipalité douaisienne commence Henri Tesson.
Le maître d'ouvrage, qui paye, ne doit pas être celui qui fait ! Cette confusion est regrettable. Un regard extérieur est absolument nécessaire. » « Que la maîtrise d'ouvrage soit assurée par les services techniques de la ville de Douai, sur un projet d'une telle envergure, est très étonnant, estime Alexandre Slusarski. Ce qu'on demande à un ingénieur des BTP, c'est de réaliser une performance technique sur la solidité d'une voirie, etc. Ce n'est pas du tout la même chose que le travail d'un architecte ou d'un urbaniste. J'aimerais que Jacques Vernier s'explique : pourquoi il préfère choisir comme maître d'oeuvre, pour la place centrale de sa ville, un ingénieur et non un architecte-urbaniste. » Olivier Darloy s'étonne aussi. « J'ai assisté à la réunion de la commission extra-municipale créée pour réfléchir à l'aménagement de la place (notre article du 9 janvier). J'ai vu les plans montrés par les deux cabinets de paysagistes (NDLR, Nervures et Paysages ont réalisé un travail succinct mais rémunéré dans le cadre d'une courte mission de conseil pour améliorer le projet des services techniques). Je pensais qu'après serait lancé un mini concours. C'est bien de faire travailler les services techniques au début, mais un concours est nécessaire. » « On voit de plus en plus nos missions se réduire, ce qu'on ne constatait pas avant, précise Serge Théret. Les maîtres d'ouvrage publics se posent de plus en plus en maîtres d'oeuvre pour des opérations comme celles-ci, des projets de rénovation où il n'y a pas besoin de permis de construire. En travaillant en circuit fermé, ils ont l'impression de limiter leur budget. Ils prennent des conseils auprès de professionnels mais ne leur confient pas la réalisation. Ce sont de fausses économies car un maître d'oeuvre, architecte ou urbaniste va essayer d'aller plus loin. » Pierre Leclercq va dans le même sens : « Malheureusement, beaucoup de projets de place se terminent comme ça. Comme si c'était une simple histoire de voiries, de réseaux à poser... On occulte complètement la dimension architecturale et historique. Or ce doit être une réflexion sur la ville qui dépasse le périmètre stricto sensu de la place, surtout quand il s'agit de la place centrale. » « C'est presque insultant pour la ville, s'énerve M. Tesson. Il existe des gens qui savent construire des maisons, mais au-delà de 100 m², il faut un architecte. Au-delà de l'objet, il y a l'insertion de l'objet dans l'histoire, dans le patrimoine. » « En tant que maître d'oeuvre, je dois répondre à la qualité architecturale que demande le maître d'oeuvre, mais je dois aussi penser à l'usage et l'intérêt publics », ajoute M. Slusarski.
Tous attendent de voir le résultat (la place d'Armes de la mairie), que nous leur demanderons de commenter quand ce chantier sera terminé. •
Vous pouvez envoyer vos réactions par mail, douai@lavoixdunord.fr, ou par courrier, La Voix du Nord, 80, place d'Armes, 59500 Douai. 
 PAR: JEAN-LUC ROCHAT


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