25.9.12

Les jeux de ciseaux d’Aube Elléouët

Le Nautile (1996) d'Aube Elléouët. - Courtesy Galerie 1900-2000
Aube Elléouët expose tous les cinq ou six ans. La revoilà donc à Paris, dans la galerie surréaliste 1900-2000, avec trente collages réalisés ces dernières années. La nouvelle fournée est baptisée «Le jeu de l’aube à tire-d’aile», un titre léger, poétique, un peu cadavre exquis. Sur son gilet noir, un joli coquillage rond d’où émerge un fin personnage coloré attire l’œil instantanément.
Un objet de sa façon, «j’en ai réalisé cinq dans ma vie», dit cette pétillante femme de 76 ans, en désignant l’image d’un autre dans une vitrine, son Hommage à Man Ray (2002), un violon sur deux jambes de femmes à escarpins rouges, exposé en Suède.
La créativité d’Aube Elléouët s’épanouit dans les collages depuis 1970. Une technique d’assemblage qui l’attirait par son côté ludique. «Comme Marx Ernst dans les années 20, j’ai commencé avec de vieilles gravures. Mais l’histoire des collages remonte au XVIIe siècle.» Une esthétique que l’on retrouve même aujourd’hui dans le Net art, pourrait-on renchérir.
Baigneuse. Mais la fille d’André Breton pratique le papier et les ciseaux avec des images, des cartes postales, de menus objets chinés dans des brocantes, comme aux puces de Montsoreau (Maine-et-Loire) sur les bords du fleuve dont on voit presque la douce lumière quand elle les décrit. Dans le Bain de minuit, des boutons de manchette jouent les étoiles au-dessus d’une mer bretonne où s’est incrustée la baigneuse d’Ingres. Des touches d’accordéons en nacre complètent la composition maritime de l’ovale Chant des baleines, commande pour une exposition.
Aube Elléouët a quelques obsessions. La mer, «un thème récurrent, le début de tout», le bandit masqué Fantômas («Personnage tutélaire, mythique», célébré en leur temps par les surréalistes), les chouettes effraies. Les cartes à jouer aussi («J’aime le jeu, le hasard, la prédiction»). Des sphères parsèment ses œuvres, des ronds lunaires surtout, ou des coquillages, comme dans le Nautile.
Dans sa dernière série de collages, la «Bouche de la vérité», cette grande sculpture en marbre devant laquelle défilent les touristes à Rome revient telle une ritournelle. Elle figure dans la Réponse au bout d’un index pointé. «Cherchez une question», s’amuse Aube Elléouët, qui n’aime guère parler d’elle, de son père André Breton, ou du surréalisme.
Elle évoque son atelier à Saché (Indre-et-Loire), une grande pièce baignée de lumière. La Touraine, avec la Bretagne, est devenue sa région d’élection quand, assistante sociale, elle s’y est établie en 1966 avec son mari, le peintre et poète Yves Elléouët, disparu en 1975. Calder les avaient incités à quitter Paris. Une anecdote lui vient pour faire saisir la personnalité du sculpteur : «Calder reçoit un jour la commande d’un millionnaire texan qui exige : "Fixez le prix que vous voulez à condition que le mobile soit en or." "D’accord, mais à condition qu’il soit entièrement peint en noir" a répondu Calder.»
Marottes. On imagine Aube Elléouët dans sa pièce ensoleillée, étalant ses trouvailles sur la table, parfois avec une idée en tête, parfois sans rien de précis. Obéissant au hasard, jonglant avec les formes et les mariages les plus «improbables». Dans l’Echappée belle, un piano, un chat, un dodo, des cartes volant vers le haut autour d’une femme qui paraît emportée par le vent. «J’ai découvert cette sculpture de femme dans un catalogue de Sotheby’s, mais son prix était faramineux, alors j’ai découpé l’image…» Inutile de lui parler d’inspiration, un mot «désuet et prétentieux» qui la heurte, comme les termes «carrière» et «artiste». Elle préfère suggérer une capacité à s’émerveiller et ses associations puisent dans son histoire, ses références, marottes et curiosités. Ses collages expriment un univers personnel onirique, romantique et poétique. Ses titres sonnent beau. Soufflés autrefois par des amis, ils lui viennent en cours de création, ou à la fin, comme un complément au collage.
La phrase de Desproges «Il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde» englobe une feuille d’érable sur laquelle voisinent la planète Terre, Fantômas et la Salomé du musée Gustave-Moreau, «où mon père m’emmenait quand j’étais petite». «Beaucoup d’artistes ont du mal à se dégager de l’emprise du père, concède l’Ecusette de Noireuil de l’Amour fou et des Lettres à Aube (Gallimard 2009). J’y suis arrivée du point de vue de l’intériorité, mais la société me poursuit.» Elle refuse d’être mise dans un tiroir et, sur ses derniers collages, signe simplement «Aube».
Aube Elléouët Le jeu de l’aube à tire-d’aile Galerie 1900-2000, 8, rue Bonaparte, 75006. Jusqu’au 13 octobre. Rens. : www.galerie1900-2000.com

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