21.9.12

Pourquoi les villes misent sur l’art contemporain

Les nouveaux locaux du FRAC Bretagne © Odile Decq – Labtop
Cet automne, entre la Biennale de Rennes, Le Printemps de septembre à Toulouse et Fantastic de Lille (Lille 3000), les amateurs d’art contemporain vont être gâtés.
Loin du simple divertissement, la création est devenue pour les élus un levier du développement urbain.


Pour sa troisième édition inaugurée ce week-end, la Biennale d’art contemporain de Rennes a vu grand. Huit bâtiments accueillent les expositions officielles dont le tout nouveau bâtiment du Fonds régional d’art contemporain, conçu par l’architecte Odile Decq, un parallélépipède noir à l’extérieur et rouge vibrant à l’intérieur. « La manifestation irrigue tout le territoire urbain », se réjouit le maire socialiste Daniel Delaveau. 
Créée en 2008 par un entrepreneur privé, Bruno Caron, président du groupe agroalimentaire Norac, la biennale a reçu d’emblée le soutien des élus locaux. Sur un budget de 2,260 millions d’euros, 500 000 € sont apportés par Rennes et sa métropole.
Depuis trente ans, la ville avait déjà une politique active de commandes d’œuvres pour l’espace public. Elle avait créé aussi des résidences d’artistes à la Ferme des Gallets. « L’art contemporain est porteur d’innovation. Le fait que des artistes vivent dans la ville, accompagnent par leurs créations certains de nos projets urbains, comme la gare EuroRennes, aiguise nos réflexions », explique Daniel Delaveau. 
La biennale a été la première à réinvestir, en 2008 et 2010, l’ancien couvent des Jacobins, racheté à l’armée par la métropole et appelé à devenir un centre de congrès. Cet automne, c’est l’ancien centre de télécommunications Newway Mabilais, bâtiment futuriste conçu dans les années 1970 par l’architecte Louis Arretche, que la biennale va faire découvrir aux Rennais avant qu’il soit transformé en immeuble de bureaux.

À Bordeaux, un moteur de développement urbain

À Bordeaux, où le maire UMP Alain Juppé a créé en 2009 la biennale Evento, celle-ci est aussi devenue un moteur du développement urbain. « Quand Bordeaux et ses quais ont été inscrits en 2003 au patrimoine mondial de l’Unesco, nous avons craint qu’elle devienne une ville-musée. Evento a permis de dynamiser son image, raconte Dominique Ducassou, l’adjoint à la culture. Les interventions des artistes ont permis de dénouer certains problèmes urbains. »  
Pour la première édition, la passerelle éphémère en bois créée par Tadashi Kawabata qui reliait la place des Quinconces à la Garonne par-dessus les quais, a séduit les Bordelais. En 2011, la vidéo tournée par Anri Sala autour de l’ancienne salle de concerts du quartier du Grand Parc a ranimé l’intérêt des habitants pour ce lieu désaffecté depuis vingt ans. Au point que celui-ci va rouvrir en 2013. 
Même succès dans le quartier Saint-Michel, où la présence d’artistes à la Halle des Douves a fédéré les associations riveraines divisées sur l’avenir de ce lieu.

À Toulouse, un vecteur de cohésion sociale

À Toulouse, qui a aussi son rendez-vous annuel d’art contemporain, Le Printemps de septembre (1), Vincentella de Comarmond, l’adjointe à la culture, y voit un « vecteur de cohésion sociale » . Lancée sous le mandat de l’UDF Philippe Douste-Blazy, la manifestation a été reprise par les socialistes en 2008 à leur arrivée à la mairie. Ils la financent aujourd’hui à hauteur de 1,12 million d’euros. « Mais nous avons souhaité qu’elle irrigue davantage le tissu local, en travaillant en amont avec les centres socioculturels et en améliorant la médiation, pour toucher davantage les habitants des quartiers », souligne l’élue. 
La coopération avec différents lieux culturels de la métropole comme les Abattoirs, les centres d’art ou l’École des beaux-arts, a aussi été renforcée. Et la métropole, qui accueille 15 000 nouveaux arrivants chaque année, prévoit de développer la commande d’œuvres pour accompagner ses projets urbains.
Avec près de 120 000 visiteurs, Le Printemps de septembre cherche cependant un second souffle. Dès 2013, la manifestation se tiendra au printemps pour tenter d’élargir son public. « Ces dernières années, la démultiplication des événements d’art contemporain dans les villes a créé une concurrence accrue », observe sa présidente Marie-Thérèse Perrin.
À Bordeaux, Evento a même connu une fréquentation en net retrait : « Moins de 100 000 visiteurs en 2011, contre 162 000 en 2009 », a révélé un récent audit. La prochaine édition a d’ailleurs été repoussée à l’automne 2014, après les élections municipales. Le fort investissement de la ville qui verse 3,5 millions d’euros à la manifestation, alors que la métropole dirigée par les socialistes refuse de s’y associer, a suscité des critiques des habitants. « La biennale a manqué de grands événements festifs, de temps forts de rassemblement populaire », reconnaît l’adjoint à la culture, Dominique Ducassou.

À Lille, un « fantastic » rendez-vous de la création contemporaine

Faut-il s’inspirer de la grande parade de Lille menée par l’artiste Nick Cave le 6 octobre, qui donnera le coup d’envoi des festivités de «  Fantastic Lille » ? Depuis le succès des festivités de Lille 2004, capitale européenne de la culture, la métropole nordiste n’a cessé de renouveler tous les deux ou trois ans, ce grand rendez-vous avec la création contemporaine. 
Là aussi, l’enveloppe versée par la municipalité socialiste emmenée par Martine Aubry (1,9 million d’euros en 2013) est dénoncée par l’opposition qui parle de « culture paillettes » . « Que l’art contemporain fasse débat, crée de la contradiction, c’est normal, note le maire de Rennes, Daniel Delaveau. La ville se construit aussi en favorisant des échanges, de la confrontation. »
Des artistes défricheurs à Rennes
Confiée à la critique d’art Anne Bonnin, la Biennale de Rennes a pour thème « Les prairies » et les artistes vus comme des défricheurs, des pionniers. Sans esbroufe, ni grands formats très spectaculaires, plusieurs œuvres méritent le détour au Newway Mabilais : les grilles rouillées suspendues dans l’espace par Sofia Hulten, les constructions énigmatiques du duo Tolia Astali et Dylan Peirce, le mobile photographique de Zbynek Baladran, les intrus semés dans l’architecture du bâtiment par Michel Smith. Au Frac, on goûte le contraste entre des œuvres très politiques sur « l’occupation du territoire » et d’autres très poétiques dont les superbes photographies de Jochen Lempert. Déception en revanche, à la Criée, devant la tente conçue par Pratchaya Phinthong pour capturer des mouches tsé-tsé qui font des ravages en Afrique. L’art pris au piège des bons sentiments.
(1) Du 28 septembre au 21 octobre. Rens. : printempsdeseptembre.com
(2) Du 6 octobre au 13 janvier 2013. Rens. : www.lille3000.eu
Jusqu’au 9 décembre. Rens. : 02.23.45.43.93 ou www.lesateliersderennes.fr
SABINE GIGNOUX (à Rennes)

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