27.11.12

Le fabuleux destin de l'art contemporain

La pyramide d'Andy" par Gianni Colosimo, lors de sa première exposition au Centre Pompidou Metz. © Centre Pompidou Metz / Gianni Colosimo

L'artiste italien Gianni Colosimo se met dans la peau d'un enfant pour réinterpréter l'art des XXe et XXIe siècles.

Sur le seuil, Gianni Colosimo se retourne et dit, dans un ample geste du bras : "L'oeuvre pour moi, c'est ça." "Ça" ? Dans la grande salle au sol brut et aux murs blancs, 49 installations et autant d'hommages aux grands maîtres de l'art contemporain. Ici, une gigantesque araignée en fil de fer barbelé, qui porte un poupon en équilibre précaire - Louise Bourgeois. Là, une pyramide faite d'une multitude de bustes de Mao rouges - Andy Warhol. Plus loin, des cabines de plage à grosses rayures - Daniel Buren. Avec le commissaire Patrick Amine, l'artiste italien a imaginé l'exposition L'art contemporain raconté aux enfants pour le Centre Pompidou Metz, où elle a été présentée en 2011. Il l'a depuis enrichie d'une trentaine de nouvelles pièces (il compte, explique-t-il, atteindre à terme la centaine) et la montre à la Sucrière, à Lyon.
 
"Ça", donc, vaut comme un ensemble aux multiples entrées. Car le projet d'origine - guider, dès le plus jeune âge, un public très large dans les sous-bois parfois obscurs de l'art contemporain - ne saurait à lui seul résumer l'entreprise. Celle-ci est d'abord affaire de posture. "Je voulais m'inscrire dans la fable, le conte", explique Gianni Colosimo. Retrouver, face aux monstres sacrés, "l'absolue liberté d'un petit enfant". Ce qui supposait de laisser sa mémoire travailler librement les centaines d'oeuvres rencontrées dans les musées, les livres d'art, les catalogues (l'artiste s'avoue collectionneur frénétique), de picorer çà et là, d'additionner, retrancher, recomposer : le mot d'esprit, le "humor", comme dit l'artiste, règne ici en maître. Les canons de Pino Pascali, devenus miniatures, sont dominés par un Goldorak géant. Le cochon de Wim Delvoye porte un tatouage "Hello Kitty". Des pelles de plastique oubliées près d'un monticule de terre ? L'un des immenses vases de Jean-Pierre Raynaud... une fois le vase disparu.

Dessins renversés

Ces jeux de correspondance, des médiateurs sont chargés de les éclairer pour le public - livres à l'appui. En attendant, la promenade se fait entre amis, ou entre copains de classe : chaque oeuvre porte le prénom de l'auteur auquel il fait référence : "La petite plage de Daniel", "Louise l'équilibriste", "Le vase volé de Jean-Pierre".
Mais cette liberté de ton est aussi le prétexte et le moyen d'une critique pratique de l'art contemporain et de la façon dont, en trente ans, il s'est "soumis aux règles de la finance et du commerce". Le cheval suspendu de Maurizio Cattelan devient un âne qui, comme celui d'Apulée, produit de l'or pour excréments - ici des pièces en chocolat. "Le petit chat d'Ai" (Weiwei) : un maneki-neko, symbole de la prospérité, trône entre les épaules d'un guerrier chinois. En contrepoint, Gianni Colosimo salue l'arte povera avec son "Huile sur toile" - inscrite de fait à l'huile d'olive sur une toile blanche.
"Ici, j'ai tous les rôles, souligne Gianni Colosimo. Je suis aussi bien l'artiste que le commissaire, le spectateur, ou le critique." Le pasticheur aussi, et le disciple. Périlleux ? Il l'admet, l'exercice peut, en le disséminant, bousculer son statut d'artiste. Sa propre fille intervient ainsi dans l'exposition : 8 dessins datant de ses 3 ans sont exposés, renversés comme les figures et les paysages des toiles de Georg Baselitz, peintes tête en bas. Un autre de ses dessins au feutre est agrandi. Elle (dont le lit de bébé a été recouvert de scarabées par l'atelier de Jan Fabre et les draps, colorés au Bic bleu) est la "clef" de plusieurs des pièces exposées, note l'artiste : la recherche du geste primitif est prise à la lettre. "L'oeuvre, c'est ça", dit Gianni Colosimo en englobant toute la salle (et un siècle d'art) d'un seul geste du bras. Orgueilleux et rêveur : démiurge comme les enfants savent l'être.
"Louise l'équilibriste" de Gianni Colosimo, à la Sucrière. Artiste référent : Louise Bourgeois. © Marion Cocquet
"L'arbre de Jack et Dinos" de Gianni Colosimo, à la Sucrière. Artistes référents : Jack et Dinos Chapman. © Marion Cocquet
 "L'art contemporain raconté aux enfants", jusqu'au 31 décembre à la Sucrière, 49/50, quai Rambaud, 69002 Lyon.
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